Au soir du 1er octobre, nous n’avons pu que nous réjouir de l’élection de dix députéEs solidaires. Cette élection historique montre la volonté de changement dont la population a besoin et donne à QS l’opportunité d’influer sur les débats politiques. Il faut dire que Québec solidaire a fait une campagne solide et que les quelques milliers de personnes qui étaient directement impliquées, peu importe leur comté, se sont investies avec cœur et convictions.

Ceci étant dit, il faut bien avouer que ce soir du 1er octobre nous laisse aussi avec un gout amer. La victoire d’un gouvernement caquiste majoritaire jette de l’ombre sur le genre de changements que bon nombre ont en tête : justice sociale, inclusion, environnement…En effet, dans une stratégie sournoise mais pas inattendue, la CAQ n’a pas tardé à revenir avec la question de laïcité en mettant de l’avant son intention de légiférer sur le port des signes religieux pour les personnes en autorité et de l’étendre aux enseignantes et aux éducatrices. La grogne populaire s’est faite entendre dans diverses manifestations et interventions, toutes insistant sur la nécessité d’intensifier la lutte contre le racisme et les discriminations.

Il faut cependant noter que du côté des acteurs politiques et sociaux, les réactions des adversaires politiques ont été un peu molles. Évidemment, on s’est insurgé sur le cas des enseignantes et des éducatrices, mais une fois de plus, on s’est un peu vite caché derrière ce que les médias appellent le « consensus Bouchard Taylor ». Mais de quel consensus parle-t-on ? Charles Taylor lui-même est revenu sur ces recommandations prenant notamment conscience des conséquences sur la vie des femmes marginalisées et du clivage social qui en découle. Gérard Bouchard a pour sa part déclaré que le nouveau gouvernement Legault utilisait à mauvais escient les recommandations et voulait en fin de compte esquiver le débat.

Depuis maintenant dix ans, notre climat social est pollué par une (mal)utilisation des thèmes de la laïcité et des signes religieux. Bien honnêtement et pour dire les choses clairement, nous assistons à un électoralisme de mauvais gout sur le dos des minorités musulmanes et plus particulièrement, sur les femmes musulmanes qui portent un foulard. Cette obsession a de nombreuses conséquences sur la vie de ces personnes. À chaque fois que les médias s’emparent de ce thème, on assiste à une montée d’agressions physiques et verbales. Les clivages se creusent, les paroles haineuses se sentent libres et tout ceci avec parfois des conséquences dramatiques, comme l’attentat contre des Musulmans présents à la mosquée de Sainte Foy, le 29 janvier 2017.

Dans ce contexte, tant chez nous au Québec que dans plusieurs coins du monde, il est essentiel que la gauche soit le contrepoids de cette montée de la droite identitaire. Ce que plusieurs attendent aujourd’hui des forces progressistes, féministes, anti-racistes, et qui se battent pour l’inclusion, la défense de l’environnement et la justice sociale, c’est d’être cohérents, c’est de faire preuve de courage et de traiter les questions sans demi-mesures.

Quel parti politique peut se targuer d’être réellement progressiste en acceptant dans un tel climat toxique d’abandonner une partie de sa population ? Un parti peut difficilement se qualifier de féministe quand il capable d’éteindre le rêve de jeunes filles ou encore de faire perdre l’autonomie financière de femmes.

Je nous invite à revenir à nos racines, à nous donner les moyens de représenter et de travailler avec des gens ordinaires, qui sont les garants de la justice et de la paix sociale. La lutte contre l’injustice passe par les luttes féministes, les luttes anti-racistes et pour la justice sociale. Des luttes doivent se mener sans compromis sinon elles ne progresseront pas. Sinon la gauche perdra son essence et sa raison d’être…

Je souhaite que les progressistes prennent la pleine mesure de l’urgence d’agir, trouvent les façons de faire dans l’intérêt de toutes et tous en ne laissant véritablement personne derrière, en ne faisant pas de catégories de citoyenNes, en menant chaque bataille de front et avec la même importance.

Je crois sincèrement que nos dix députéEs solidaires seront les dignes représentantEs de ce renouveau de la gauche qui se reprend en main, qui sort du centre et qui revient à ses racines. Et qu’ils sauront trouver le moyen de permettre à chacunE de se sentir véritablement considéréE, ce qui pourra alors contribuer à créer un sentiment plus fort d’appartenance au Québec.

Comme l’a dit Gérald Godin, « le Québec a tout à gagner à ne pas forcer les cœurs, mais plutôt à se les gagner ».

 

 

 

 

 

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