PIKEN Mike, Presse toi à gauche, 1er octobre 2019

L’une des premières actions de Boris Johnson lorsqu’il est devenu Premier ministre a été de s’attribuer le titre de titre de « Ministre de l’Union » et de se rendre en Ecosse pour essayer de contrecarrer l’effondrement du vote en faveur des Conservateurs et d’empêcher l’indépendance.

La crise constitutionnelle qui a explosé avec le coup que constitue la suspension du Parlement et le déni du vote empêchant un Brexit sans accord ne se réduit pas à un affrontement entre le Parlement et l’Exécutif : c’est aussi une crise globale de légitimité de l’État au Royaume -Uni.

Lors du référendum sur l’indépendance, en 2014, les Ecossais ont voté à 55% (contre 45%) pour rester au sein du Royaume-Uni. Mais ce vote a été acquis sur la base d’une double promesse solennelle des Conservateurs, des Travaillistes et des Libéraux Démocrates selon laquelle c’était le seul moyen garantissant le maintien dans l’Union Européenne et qu’à l’avenir de nouveaux droits seraient transférés au Parlement écossais. Au cours de la campagne référendaire de 2014, le soutien à l’indépendance est passé de 24 à 45% ; ce mouvement vers l’indépendance est irrésistible au sein de la classe ouvrière et des jeunes influencés par la Campagne Radicale pour l’Indépendance.

Lors du référendum sur l’Union européenne, l’Ecosse a voté massivement pour le maintien dans l’UE. Le gouvernement britannique n’a pas seulement ignoré cette volonté populaire, il a également refusé toute avancée dans la dévolution.

Un nouveau mouvement en faveur de l’indépendance s’est développé pour exiger un second référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, dont de récents sondages indiquent qu’elle sera mise en œuvre si le Royaume-Uni quitte l’Union européenne et si le règne des Conservateurs perdure. De façon écrasante, à plus de 70%, les jeunes sont pour l’indépendance. Ceux qui sont âgés de 16 à 18 ans ont le droit de vote pour les scrutins écossais et il existe des propositions progressistes visant à étendre les droits civiques au-delà des citoyens de l’Union Européenne aux autres nationalités. Le Parlement écossais a adopté une résolution législative prévoyant l’organisation d’un nouveau référendum ; un mouvement de masse se construit à travers des manifestations imposantes qui vont culminer le 5 octobre prochain lors d’une marche sur Edinburgh. L’an dernier déjà, une marche similaire essentiellement composée de membres de la classe ouvrière avait rassemblé 100.000 écossais pour revendiquer l’indépendance.

L’augmentation du soutien à l’indépendance s’est reflétée par la croissance du vote en faveur du Parti national écossais (SNP), un parti social-démocrate modéré qui est devenu le parti dominant en Ecosse. En 2015, le SNP a remporté une victoire historique en gagnant 56 des 59 sièges au Parlement britannique. Il était inévitable qu’il connaisse un recul lors des élections générales anticipées de 2017 ; mais le SNP a néanmoins conservé 35 sièges et sa position hégémonique sur la scène politique écossaise, bien qu’il soit le parti au pouvoir depuis 10 ans, dans le cadre d’un Parlement doté de pouvoirs importants.

Les treize députés écossais du Parti conservateur ont joué un rôle bien plus important que le DUP dans le soutien à Theresa May ; mais il est probable qu’ils ne durent pas très longtemps. Les sondages actuels indiquent que le SNP remporterait plus de 50 sièges – grâce, notamment, au scrutin uninominal à un tour – alors que les Conservateurs et les Travaillistes connaîtraient une quasi-disparition parlementaire. Aujourd’hui, il est très difficile de se souvenir qu’en 1955 les Conservateurs étaient majoritaires en Ecosse. La démission de Ruth Davidson de son poste de porte-parole des Conservateurs écossais en protestation contre la direction de Boris Johnson constitue un nouveau coup dur. Cela réduit d’autant le réservoir de talents des Conservateurs. Mais, plus important encore, en tant que lesbienne de la classe ouvrière, Davidson avait en quelque sorte franchi une première étape dans le processus de reconstitution du parti conservateur comme le second parti écossais, au-delà de sa base réactionnaire traditionnelle, dépassant ainsi le parti travailliste dans un pays qui, de manière écrasante, respecte des normes sociales progressistes et modernes. En dépit de ses prétentions à être le « Ministre de l’Union », Boris Johnson s’avère toxique pour les Conservateurs dans une Ecosse moderne.

Le Parti travailliste écossais n’est que l’ombre de ce qu’il est en Angleterre. Il regroupe six fois moins d’adhérents que le SNP et c’est le seul secteur du Parti travailliste dont les membres ont voté contre Jeremy Corbyn lors du scrutin pour désigner le leader. Le nombre d’adhésions n’a pas réussi à progresser et l’électorat est tombé en dessous de 20%, alors qu’il était le parti dominant depuis des décennies. Lors des dernières élections européennes, il est tombé au cinquième rang des parti écossais et au sixième dans la capitale de l’Ecosse. La raison de tout cela n’a rien de mystérieux : le parti travailliste écossais ne s’oppose pas seulement à l’indépendance de l’Ecosse mais aussi à la simple tenue d’un référendum. Depuis longtemps, la majorité des militant de gauche et des électeurs ont abandonné le Parti travailliste écossais pour soutenir l’indépendance de l’Ecosse et malgré l’élection très serrée comme leader du Parti travailliste écossais de Richard Leonard – un soutien de Jeremy Corbyn – dans un scrutin qui l’opposait à un milliardaire de l’aile droite, le Parti travailliste écossais continue d’apparaitre comme un perdant, inutile à la classe ouvrière écossaise.

Le SNP n’est pas un parti qui lutte pour le socialisme. Il a un passif en tant que parti de gouvernement et le rapport récent de la Commission sur la croissance conduirait l’Ecosse vers une nouvelle période d’austérité. Malgré son affichage de marqueurs écologistes, ce rapport soutient les industries du pétrol, des combustibles fossiles et de l’aéronautique, ce pour quoi il a été vertement critiqué par les animateurs des campagnes pour la sauvegarde de l’environnement. Le soutien du SNP à l’Union européenne et à ses politiques néolibérales est un soutien inconditionnel, uniquement pondéré par une critique quasi muette du comportement passé de l’Union européenne vis-à-vis de la Grèce et du soutien manifestement anti-démocratique de l’UE aux attaques contre le mouvement pour l’indépendance de la Catalogne. Mais, en dépit de cette approche prudente, le SNP s’est opposé depuis le début au Brexit, en symbiose avec l’opinion majoritaire en Ecosse. Il semble prêt à en récolter les fruits en termes de majorité électorale au sein de la classe ouvrière lors des prochaines élections générales.

John Mac Donnell, du Parti travailliste, a récemment affirmé – à juste titre – que c’était entièrement du ressort du Parlement écossais de décider s’il devait y avoir un nouveau référendum sur l’indépendance. La direction du Parti travailliste écossais a immédiatement protesté et tenté de noyer cette initiative de manière anti-démocratique. En fait, le parti travailliste écossais et le parti travailliste au niveau du Royaume-Uni continuent à se dresser contre l‘indépendance et ils vont en payer un prix élevé sur le plan électoral, lorsque leurs électeurs vont migrer vers le SNP.

La plupart des gens qui soutiennent l’indépendance de l’Ecosse ne le font pas au nom d’une vision étroitement nationaliste. Ils soutiennent des idées progressistes sur la liberté de circulation et l’ouverture des frontières. En Ecosse, les migrants sont les bienvenus ! Les grèves lycéennes contre le changement climatique bénéficient d’un soutien à travers tout le pays.

Pour la grande majorité de la gauche en Ecosse – y compris les partisans de Socialist Resistance – l’indépendance de l’Ecosse ouvre la possibilité de débarrasser le pays de la férule arriérée des Conservateurs de Londres et de construire une politique de luttes de classes, de solidarité, d’action en faveur de l’écologie et de soutien à la liberté de circulation. Même s’il n’est plus que l’ombre de ce qu’il était à ses débuts et s’il doit renouveler sa direction et sa tactique politique, le Parti socialiste écossais (SSP) continue néanmoins à construire ce combat. De nouvelles mobilisations et de nouveaux mouvements sociaux émergent, à propos du changement climatique et de la crise écologique, pour la solidarité internationale et contre la xénophobie. Une sensibilité écosocialiste a émergé au sein du Parti Vert écossais. Il y a des militants authentiquement de gauche au Parti national écossais et (quelques-uns) au sein du Parti travailliste. Une gauche radicale et unie n’est plus un rêve !

C’est une nouvelle étape de la lutte pour une Ecosse indépendante et socialiste qui s’ouvre.

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