J’ai souvent admiré Louis Fournier comme journaliste ou comme essayiste, mais j’ai beaucoup de mal avec ses récentes analyses politiques. Son papier paru le 18 novembre ressasse à mon avis une série de clichés qui sont devenus désuets.

Affublé de ce titre alambiqué « Le PQ, QS, le Bloc et le NPD : trouvez l’erreur », le texte en question se veut une démonstration qui ne sert qu’à diaboliser le manque de sincérité de chacun des membres de Québec solidaire sur la question de l’indépendance.

Ce discours est récurrent chez les péquistes de la vieille garde pour qui seul le Parti québécois qui, après avoir troqué la lutte pour l’indépendance pour la promesse d’un bon gouvernement, se cherche, tout en réaffirmant sa profession de foi souverainiste. Je pense que Louis Fournier se trompe de cible et que sa charge ne servira qu’à diviser les forces indépendantistes, une fois de plus.

Dans la même page Idées du Devoiron peut lire le texte de la députée souverainiste Catherine Fournier qui annonce le lancement de son nouveau livre, dans lequel elle exhorte les souverainistes de tout poil à s’entendre sur un objectif commun. Il n’est plus question ici de rallier le PQ, mais de rallier la cause indépendantiste. La nuance est là.

Si je comprends bien, elle suggère de changer de métaphore et qu’au lieu du fameux vaisseau amiral qui n’aboutit nulle part, il faudrait imaginer une flotte de plusieurs navires pour atteindre le pays à bon port. Apparaîtront ainsi beaucoup d’obstacles à franchir. La mer agitée ne nous fera pas de cadeaux.

La réalité

Durant la récente campagne électorale, le Bloc a escamoté la question de l’indépendance, presque jusqu’à la toute fin ; sa stratégie consistant à défendre les intérêts du Québec au sein de la Fédération canadienne, faut-il le rappeler.

Son chef, Yves-François Blanchet, s’est appuyé très fortement sur le nationalisme provincial de la CAQ dans le but de récolter le maximum de votes. Ce faisant, il a obtenu un très bon score : 32 députés et 32 % du vote au Québec, devançant ainsi largement le NPD.

En 2011, n’y a-t-il pas eu une forte proportion de l’électorat péquiste qui ait pu se tourner vers le NPD de Jack Layton ? La fameuse vague orange n’était-elle portée que par quelques gauchistes, trotskystes ou solidaires farouchement radicaux ?

On voit bien que l’analyse accusatrice ne tient pas debout. Depuis quelque temps déjà, l’électorat est devenu très volatil. De même qu’il arrive souvent, dans notre système électoral, que l’on vote davantage contre que pour un parti, sans grand enthousiasme.

Les militants de QS, pendant leur dernier congrès, ont affirmé haut et fort que l’indépendance serait une priorité en lien avec la lutte contre les changements climatiques. Tout comme le PQ qui a décidé de ranimer l’idée de la nécessité de l’indépendance.

À l’instar de Catherine Fournier, je pense que, pour y arriver, il faudra additionner les forces sur cet aspect, converger plutôt que diverger. Par contre, le fait de converger vers un objectif commun n’est pas l’équivalent de fusionner deux partis qui ont des points de vue diamétralement opposés sur bon nombre de sujets.

Prendre exemple

Pendant la campagne référendaire de 1995, Jacques Parizeau avait eu la capacité de réunir des forces relativement distinctes (PQ, ADQ, Bloc), de même que des personnalités beaucoup plus conservatrices que lui (Mario Dumont et Lucien Bouchard) autour d’un même objectif. Il s’était même légèrement effacé devant ce dernier pour que cette cause commune puisse triompher, ce qui était tout à son honneur. Ce faisant, il a presque réussi son pari.

À cette époque, jamais il n’a été question de fusion entre le PQ et l’ADQ. Lors de la dernière campagne référendaire en Catalogne, nous avons pu observer le même phénomène. On a pu voir des partis indépendantistes, de toutes les tendances, faire campagne pour un objectif commun.

J’aimerais qu’on revienne à cette idée, plutôt que d’analyser l’ADN de chacun des membres des partis pour voir s’ils ont véritablement la fibre souverainiste. Laissons cette tâche aux flics. Au lieu de se toiser chacun dans son coin et de faire échouer, à coup sûr, la lutte pour l’indépendance. Je propose de rédiger une plate-forme sur laquelle nous pourrions nous entendre et voir si nous pouvons aller de l’avant ensuite.

Après tout, au lendemain du Grand Soir, après que le Québec sera devenu un nouveau pays dans le concert des nations, comme dans tout pays normal, nous n’aurons d’autres choix que de mettre en avant nos divergences, entre les courants plus à droite et ceux qui sont plus à gauche ; cette liberté nouvelle nous appartiendra alors.

Fernand Doutre, Le Devoir, 25 novembre 2019

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